Histoire du club

Du plus profond de ma mémoire, l’évènement le plus marquant et le plus révélateur de ma vie reste mon premier cours de karaté. Le souvenir vif et poignant de ce jour est encré dans ma mémoire. Les visages, les bruits, mes émotions…tout est intact. A l’écriture de ces mots, je revois toute la scène et j’entends mon coeur qui bat la chamade. Je suis devant un grand placard, un homme d’une stature très imposante, à mes yeux, parle avec maman et cherche des kimonos de prêt pour ma soeur, mon frère et moi. Lui-même vêtu d’un kimono tout blanc et d’une ceinture noire, aussi noire que ses yeux, me pétrifie. Je ne peux détourner mon regard de ses yeux, ces yeux si noirs, si transperçants.

 

A défaut de ceinture blanche, je suis propulsée au grade de bleue et me retrouve tout au bout du tatami, en chef de ligne, seule, loin de mon frère et ma soeur et tout près de la photo de maître Funakoshi. Je sens la panique monter en moi, tout à coup je réalise que tout m’est inconnu, je perds pied. Je ne comprends pas ce que je fais là, pourquoi tous ces enfants sont alignés et déguisés, moi compris. Je n’ai jamais vu de ma vie un kimono, ni même ce grand tapis bleu et rouge. Je cherche maman du regard, je cherche une sortie de secours, je n’ai qu’une envie : me sauver ! Mais d’un coup net mon regard se stoppe sur les grands yeux noirs du professeur qui me fixent sévèrement et j’entendssa grosse voix qui résonne dans mes oreilles : SEIZA ! Et tout le monde s’agenouille. Abasourdie, je m’exécute et mime le salut rituel des autres enfants karatékas qui agenouillés ferment les yeux et se prosternent au sol, le front dans les mains formant un triangle. Je suis persuadée d’être chez les fous.

Mais, le cours commence…, je ne peux toujours pas détourner le regard de mon professeur, il sappelle Pierre LAHMARA, il est plein de fougue, passionné et passionnant. J’écoute ses consignes et j’observe chacun de ses gestes, je suis comme hypnotisée. Tous ses faits et gestes ont sur moi l’effet d’un tour de magie, je suis subjuguée et charmée par ce spectacle. Ce jour là j’ai l’impression de venir au monde, je vois et j’entends. L’envie, la passion du karaté est née en moi. Je suis tout simplement heureuse et depuis ce jour chaque minute d’entraînement m’a toujours apporté le même bonheur. Ce jour est une véritable rencontre avec le karaté et la révélation de mon existence, car, je ne le savais pas encore mais toute ma vie affective et professionnelle se construira avec et autour du karaté.

Papa, maman, ma grande soeur, mon petit frère et moi-même avons donc connu les joies de la pratique du karaté en famille. Nous partagions beaucoup plus car nous avions en commun : la passion, les amis, la vie du club, l’angoisse des passages de grades et même des cours improvisés dans une pièce de la maison. Je pensais, je dormais, je respirais karaté. Je n’avais plus qu’une envie : m’entraîner, me perfectionner et recommencer encore et encore. Sans même avoir eu le temps de me projeter dans l’avenir je me suis rapidement retrouvée sur les podiums de compétitions nationaux et internationaux. Je ne m’étends pas sur mes années de compétition car un livre entier ne suffirait pas. Mais, avant même les résultats, le plus important pour moi était juste l’envie de m’entraîner, le bonheur d’être sur un tatami. Après les années de compétitions, l’envie de partager mes connaissances, de transmettre le feu sacré est venue tout naturellement. En 1997 j’ai donc entrepris des démarches auprès de la mairie de Blanc Mesnil qui, séduite par le projet, à tout mis en oeuvre pour m’aider dans la création et la pérennité de notre club « Blanc Mesnil Sport Karaté ».

Je dis « notre club » car évidemment le succès du BMSK repose surtout sur la grande motivation et l’immense passion de ses dirigeants, ses professeurs et aussi tous ses adhérents.

Je me souviens très bien des premiers entraînements de petits bout de choux qui aujourd’hui sont nos professeurs. A leur tour ils communiquent le feu sacré, à leur tour ils transmettent cet héritage lointain venu du Japon, ces étranges techniques ancestrales et cette immense plénitude. Comme moi ils sont les héritiers et les donateurs du Karaté.

Catherine Suard Bernard

Fondatrice du BMSK
7 fois Championne de France
Championne d'Europe
3eme au Championnat du Monde